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| | [Enfance de Tirmee] Le voyage [Partie III] | |
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Tirmee ATHENIEN

Inscrit le : 13 Juin 2006 Messages : 161 PV; PC : 95/95 -|- 70/135 Emploi : Chef de chantier naval.
| Sujet: [Enfance de Tirmee] Le voyage [Partie III] Lun 5 Fév 2007 - 11:09 | |
| Couché sur le bois du pont, Tirmee avait le sommeil agité. La main de Giuyan glissa alors le long du visage de l'enfant. Malgré les cales de ces doigts rugueux, le contact du Charpentier calma l'enfant.
- Ne t'en fais pas fils, je serais là pour toi. Je m'occuperai de toi comme je l'ai promis à ton père. Une fois réveillé, on parlera de notre avenir et de ton état actuel. Notre vie sera meilleure que jamais. Fais-moi confiance.
Le charpentier prononçait ces paroles en Polynésien. Autant pour que l'enfant comprenne que pour se rassurer lui-même. Le grand bateau à rames venant de l’ouest s’était mis en mouvement. Tous les rameurs s’activaient en s’encourageant les uns les autres. Un batteur du haut de son tambour donnait la cadence à suivre. Au rythme des chants et des cris, le navire quitta le port de Chaoyang.
C’est dans ces cris que Tirmee, le jeune apprenti charpentier chinois s’éveilla. Il avait perdu connaissance et les seules choses dont il se rappelait était le cadavre de son oncle déchiqueté par une famille de Lynx. Les morceaux de chair éparpillés un peu partout dans la caverne qui leur servait de tanière. La mère de la famille venant lui et lui proposant un morceau de viande. Et cette nouvelle voix dans sa tête. Cette personne qui venait lui dicter ces actes et qui ne semblait pas humain.
Tirmee regarda alors tout autour de lui. Il vit une toile écrue tendue par quatre piquets de bois, totalement close, enfumée par des essences qui sentaient fort. Cette fumée était crée par deux pendants en bronze, accroché à l’armature de la tente. Deux piquets de bois se croisaient diagonalement au « plafond ». C’est ainsi que les pendants tenaient. Tirmee tourna alors la tête et vit Giuyan à ces cotés, lui parlant dans la langue de ses pairs. L’éveil de l’enfant avait fait sortir Giuyan de sa torpeur. Il lui caressa alors le visage une nouvelle fois et lui épongea la sueur du front avec sa manche. L’enfant tenta de parler de ce qu’il avait vu à son maître charpentier. Mais l’homme ne lui en laissa pas le temps.
- Tu vas mieux fils, n’est pas peur, je suis là.
- Giuyan, j’ai fait quelques chose d’horrible. J’ai tué mon oncle. Je l’ai tué. Je ne voulais pas. Je l’ai étouffé. Je n’ai pas voulu, je ne ….
- Chen-fi est mort ? Tu l’aurais tué ? Mais regardes toi fils, tu ne pourrais pas combattre un animal sans tes armes. Et tu penses vraiment avoir tué ton oncle ? Ou as-tu caché son corps alors ? Comment as-tu fais ?
- Je n’ai rien fait de spécial, maître. Je me souviens d’aussi loin que ma mémoire me le permette, n’avoir donner qu’un coup. Alors qu’il voulait me corriger une fois de plus, je l’ai frappé et ai écrasé sa gorge avec mon genou. Mais ce n’est pas comme si c’était moi, c’était quelqu’un d’autre qui me poussait. Une voix dans ma tête. Cette même voix que pour le Lynx.
- Quelle voix ? Quel Lynx ? La fièvre n’a pas du tomber totalement. Je vais demander aux gens du pont de venir t’apporter de quoi tenir. Ne t’en fais pas fi…
- Giuyan, le lynx était vrai. C’est avec lui que j’ai passé la plupart de mon temps quand ma mère m’a interdit de venir te voir.
Tirmee avait crié cette dernière phrase sans s’en rendre compte. Comme s’il avait besoin de faire comprendre à son maître qu’il était nécessaire pour lui de parler. Et qu’il ne connaissait que lui de confiance. Le jeune homme était désorienté et encore sous l’effet des fumées de la chambre provisoire. Ces senteurs fortes lui tournaient la tête. La chaleur de la tente de même.
- Peux-tu ouvrir Giuyan ? Je me sens nettement mieux.
- L’air du large te fera sûrement le plus grand bien.
Giuyan ouvrit alors un pant de la tente. Il sortit pour l’accrocher à une des ficelles qui tenait la tente au pont. La lumière du jour passait enfin au travers de la tente, mais sans passer par le tissu. La fumée s’échappa aussi vite que la chaleur de la pièce, adoucit par la brise maritime. Giuyan rentra alors dans la tente et tendit un mortier en terre cuite rempli d’eau à Tirmee.
- Ce n’était qu’un mauvais rêve. Ne t’en fais pas fils, je sais ce que c’est. Ton petit esprit à reçu un choc du fait que tu es parti à mes cotés. Tu sais, si tu le désires, je te ferai ramener à Chaoyang avec le prochain convoi.
- Je ne veux pas rentrer. Je veux seulement t’en parler. Car je sais que ça c’est produit.
Tirmee attrapa le petit bol et y plaça ces petites lèvres. La bouche pâteuse comme s’il avait mangé une tonne de sable, les yeux rouges à cause de toutes ces fumées et les narines irritées, l’eau eu un effet plus que bénéfique. Il se sentit revivre et la brise lui caressant le visage lui rappela ce qu’il était en train de faire.
- Giuyan, je suis sur que cela c’est ….
- Dors maintenant. Quand tu te réveilleras, je te montrerai ce qu’il y a à savoir à bord. Reposes toi, car j’ai proposé nos services en échange du voyage. Et on a déjà des soucis.
Le jeune homme se rendormi alors. Le lit fait d’une pile de linge sale et de voiles non utilisées était ce qu’il avait connu de plus confortable. Sa paillasse dans sa petite Hutte chinoise n’était pas ce qui se faisait de mieux en couchage. Il sombra assez vite dans le pays rêves. Pour une fois, sans avoir peur de ce qui allait se passer. Il venait de réaliser que quoi qu’il lui arrive, la Femme-félin viendrait le réconforter.
Il venait même de se dire qu’il espérait faire un cauchemar pour avoir un peu d’amour en retour. Voilà ce qu’il lui manquait. Un amour sincère. Un amour véritable comme le lui donnait son père à l’époque, avant qu’il sombre dans l’alcoolisme. Même l’amour que lui portait Giuyan n’était pas celui qu’il cherchait. L’amour chaud et tendre d’une femme. Sur ces pensées, il bascula complètement.
Le voilà se retrouvant dans une forêt, plus dense et plus humide que celle qu’il connaissait, celle dans laquelle il avait vécu. Il commença par se balader d’arbre en arbre avec une agilité surnaturelle. Il se sentait puissant avec tous ces bonds surhumains. Son corps ressemblait à celui de la femme féline. Des membres courts et musclés, comme un enfant, mais recouvert de poil et pourvu de pattes à la place des mains et des pieds. Il gambadait allégrement dans ce monde qui lui semblait être fait pour lui.
Jusqu’à ce qu’un arbre s’éveille et le repoussa d’un coup de branche. L’arbre se transforma en un vieux chinois, une longue barbichette et de longues moustaches, une longue tunique rouge de marchand, et un regard digne d’un des plus grand fou qu’avait connu ce monde. Tirmee tenta alors de s’enfuir devant cette menace, mais de longs fils de soie commencèrent à pousser de ces pattes et de chacune de ces articulations. Stoppé net par ces filins, Tirmee se mit à tirer fort pour sortir de cet emprisonnement. Mais plus il tirait et plus les fils grossissaient. Il se retourna alors et vit que le Chinois venait de grandir au point de dépasser le plus haut des arbres de la forêt.
Il tenait dans ses mains deux gigantesques croix de bois, auxquelles les filins étaient reliés. Le jeune homme-félin était devenu la marionnette du Chinois qui s’amusait de le voir se débattre. Il vit alors que le Chinois avait d’autres bras, mais pas humain. De longues pattes d’araignées qui tissaient les filins de plus en plus épais. Le rire narquois du chinois résonnait dans toute la forêt. Ce qui fit arriver la Femme-félin. Mais au lieu de venir l’aider, elle se place à coté du pied du chinois et s’adressa à Tirmee.
- Qu’est ce qui te fais tant peur ? Ce n’est qu’une petite araignée.
- Non, c’est un monstre. Elle est géante. Et elle est à moitié humaine. Je ne suis qu’un chaton à coté.
- Un chaton ? Mais crois-tu que les chatons aient peur des araignées ? Regardes la et affrontes-la. Ce n’est que comme ça que tu deviendras un bon chasseur pour la meute. J’ai confiance en toi. Alors prouves moi que tu es digne de tout cet amour que je t’ai donné.
Tu es dans ton monde. C’est toi qui le dirige. Pour le moment tu ne t’en rends pas compte. Mais c’est un de tes pouvoirs. Tu es doué de nature. Je l’ai repéré. A toi de me prouver que j’ai eu raison.
Tirmee ne comprenait pas les mots de la Femme. Pour une fois elle ne le défendait pas. Pire elle le poussait à le faire lui-même. Le Chinois venait de perdre un peu de son sourire. Il se sentait menacer. Mais le jeune charpentier ne comprenait pas pourquoi. La femme-féline disparue mais sa voix resta. Elle s’installa dans le crane de Tirmee. Et commença à lui parler. Il reconnut alors la voix qui l’avait poussé à ne pas tuer le jeune lynx. La même qui l’avait poussée à tuer son oncle.
Tirmee cru devenir fou. Il avait donc depuis toujours été son propre réconfort. Son propre sauveur. La voix n’était qu’une création de son esprit. Il commandait alors ces cauchemars pour pouvoir se donner lui-même du réconfort. Rien ne semblait plus réel que cette femme-féline. Mais la voix dans sa tête lui remis alors tout en place.
*** Tu n’es pas fou. Je suis là pour t’aider. Je te guide. Je suis une partie de ta conscience. Je suis une partie de ta volonté. Je suis seulement là pour t’aider pour le moment. Aie confiance en moi. Je t’ai déjà guidé. Et je le ferai toujours. Alors combat cette misérable créature et nous en reparlerons. ***
La voix semblait claire. Et ce n’était pas lui qui l’a faisait intervenir. Car il aurait voulu la faire taire. Elle le guidait, elle lui donnait la confiance nécessaire pour avancer dans certains choix qu’il avait à faire. Rien ne semblait plus dur pour Tirmee que de se tromper dans son chemin de vie. Bien que toujours sûr de ces possibilités et de sa supériorité sur certaines personnes, il redoutait par-dessus tout se tromper et partir dans une mauvaise direction. Et ce qui semblait l’aider venait se matérialiser dans ces rêves. Peut-être que ces rêves étaient plus réels que ce qu’il ne pensait.
Il se pencha alors de nouveau sur le cas de cette araignée humaine. Mais cette dernière était devenue minuscule. L’esprit de Tirmee contrôlait alors ce monde. Il contrôlait ces rêves. Qui ne voudrait pas de ce pouvoir ? C’était comme si on lui demandait de reformer tout ce qu’il n’aimait pas en des choses qu’il apprécie. Et cette araignée représentait le peuple qui avait asservi et utilisé à mauvais escient son père, le rendant à l’état de loque humaine.
Alors que les filins de soie disparaissaient, Tirmee leva la patte et écrasa cet insecte nuisible à sa vie. Il venait d’arrêter de lui-même ces cauchemars. Ces nuits seraient les plus douces et les plus calmes qu’il soit donner de faire à un enfant. Seul vestige de ce pouvoir, cette voix dans sa tête. Mais c’était un mal pour un bien. _________________
Dernière édition par le Ven 23 Fév 2007 - 2:48, édité 1 fois |
|  | | Tirmee ATHENIEN

Inscrit le : 13 Juin 2006 Messages : 161 PV; PC : 95/95 -|- 70/135 Emploi : Chef de chantier naval.
| Sujet: Re: [Enfance de Tirmee] Le voyage [Partie III] Ven 23 Fév 2007 - 2:44 | |
| Tirmee se réveilla de cette longue sieste, très reposé et totalement remis sur pied. Il venait de comprendre que si cela n’allait pas dans le monde Réel, il pourrait se réfugier dans son monde des rêves. Mais cela allait transformer sa vie en un véritable champ de bataille. Tirmee se leva alors de son lit de fortune et sortit de la tente. La lumière du jour avait nettement baissé, laissant la fraîcheur des vents marins l’emporter sur la chaleur du soleil. La petite tunique jaune maintenue par une large ceinture rouge, symbole de son statut d’enfant en Chine ne suffisait pas à le réchauffer. Tirmee se ressaisit après une série de frissons, et chercha alors Giuyan.
Son maître n’était pas resté sans rien faire pendant le repos de son disciple. Tirmee en profita alors pour regarder ce nouveau monde qui l’entourait. Le large bateau occidental le passionnait. Assez large pour faire tenir 4 tentes de toiles comme la sienne, sa longueur était encore plus impressionnante. Car en se retournant sur sa nouvelle demeure, il vit qu’il y en avait 4 rangées. 16 tentes étaient alignées sur le pont, du coté poupe.
Et le reste du navire était occupé par des rangs de rameurs. Les rameurs étaient séparés en deux rangs superposés. L’un de marins expérimentés, entraînés et soudés. L’autre d’esclaves, dirigés aux fouets, et bien plus serrés que les marins. Les battements de tambour rythmaient les mouvements de rames. Les marins semblaient heureux d’être à bord de ce navire, à l’inverse des esclaves. Tirmee ne s’attarda alors pas devant cette misère humaine. Des hommes asservis n’étaient pas des hommes s’ils n’arrivaient pas à sortir de leur servitude. Son peuple avait toujours repoussé les assauts des chinois au point d’être devenu leurs alliés.
Dans ces pensées, il traversa les rangs de rameurs et se retrouva à la proue du bateau et une petite cale. Elle était remplie de denrées périssables. Sûrement les repas pour le trajet. Il devrait donc faire des arrêts fréquents. C’était peut-être aussi la raison pour laquelle le navire ne naviguait pas loin des cotes. Le navire ne devait pas être adapté aux voyages en pleine mer. A moins que ce soit pour revendre rapidement la plupart des esclaves mourants. Car les marchands associés sur ce bateau venaient de faire les plus belles affaires en Chine. Les tissus et les esclaves allaient être revendus partout. Rien ne se vendait mieux que des esclaves. Bien nourris ou non, tous se jetteraient sur cette cargaison.
Ils étaient venus en Chine justement pour prôner l’exotisme de leurs marchandises à ceux à qui ils les revendraient. Tirmee, alors âgé de 13 ans compris l’importance de son métier et de ce que lui avait enseigné Giuyan. Il pourrait vivre de son art et ainsi ne pas finir esclave.
*** - Comment peut-on en venir à être un esclave et ne pas chercher à s’en sortir ?
- Tu sais petit frère, rien n’est plus faible que la condition humaine. Si tu touches le fond, rien n’est plus pareil. Regardes ces gens et voit en eux un humain plutôt qu’un déchet. Chacun d’entre eux à un passé, une histoire qui s’est finie quand ils du devenir Esclave pour rembourser une dette.
- Je m’arrangerai pour ne jamais rien devoir. Je ne veux pas finir ma vie ainsi. Je serais un Homme.***
Giuyan sorti Tirmee de ses pensées. Le charpentier avait une partie du visage boursouflé et rouge. Des égratignures parsemaient sa blessure. Tirmee tenta de lever son regard sur les yeux de son maître. Ce dernier vit le malaise du jeune homme. Il lui sourit alors et lui raconta ce qui c’était passé.
- J’étais sur le coté de la cale. Je renforçais une partie de la coque qui prenait l’eau. Alors que je consolidais avec une planche, comme à notre habitude, j’ai pris un violent coup. Une des armatures du bateau venait de se fêler. Et j’ai pris le morceau qui se décrochait en pleine tête. Les vers ont complètement ravagé ce bateau. Il faut qu’on le quitte à la prochaine esca...
Tirmee restait bloqué sur le visage de son maître. Cela lui rappelai les mauvais traitements qu’il venait de voir sur les esclaves. L’un d'eux avait la tête lacérée par les coups de lanières de cuir du contremaître. Un autre avait le bras en charpie pour les mêmes raisons. Tous ces mauvais traitements avaient choqué le jeune homme.
- Tu m’écoutes ?
- Ils ont des esclaves. Je ne veux pas finir esclave Giuyan.
- Tu ne seras pas leur esclave. J’ai payé pour ce voyage. Ces gens là sont soit des prisonniers, soit des pauvres qui n’avaient que leur corps à vendre. Ne te tracasses pas pour ça. Tu m’as l’air d’avoir repris des couleurs. Tes histoires de tout à l’heure ont vraiment du te tourner le crâne.
Tu vas venir m’aider à réparer cette armature. Enfin si on peut le faire. Il y a du bois en réserve. Je pense qu’en faisant deux points d’appuis, on devrait la maintenir en un seul et unique morceau. On plantera aussi un gros clou pour consolider le trépied.
- Où sommes-nous ?
- Tout ce que je peux te dire, c’est que nous avons déjà fait une escale au pays. J’ai reconnu les îles au loin. Mais nous sommes repartis aussitôt. Nous avons seulement récupéré du bois pour le reste de la traversée. On doit réparer le maximum de l’intérieur. A la prochaine escale, on refait le plein de nourriture et de denrées rares. Nous aurons un arrêt plus long et un mouillage quand nous aurons passé ce qu’il appelle le pays des monstres.
Ils parlent d’animaux plus gros que 15 hommes. Sur quatre pattes, avec une autre au milieu de la figure. Un monstre à 5 pattes, tu y crois ?
- Je ne connais pas ce pays. Mais si ces hommes en ont vu, c’est que de tels animaux existent. Regardes l’espadon et la première réaction des enfants du pays quand ils en voient un. Ou du poisson-volant. La nature nous réserve bien des surprises.
- Il est vrai que nous allons voir pas mal de choses qui risquent de nous choquer. Il faudra s’adapter à toutes ces nouvelles formes de vie. Allez, fonces m’apporter deux poutres et mes outils.
Aussitôt demandé, Tirmee se dirigea vers la réserve de bois. Des planches avaient été entreposées. Sûrement pour les revendre. Mais le capitaine avait du donné une dérogation à Giuyan pour qu’il maintienne son bateau à flot le temps d’arriver à la prochaine escale. Car il devait aller jusqu’au Pakistan sans avoir à sortir le bateau de l’eau. C’était le pari fou de Giuyan pour ne pas devoir quelque chose à ces marchands de l’ouest. Tirmee revint avec le matériel de Giuyan, composé d’un marteau à moitié voilé, de trois haches de tailles différentes et d’une dizaine de pics de fer à tête plate.
Tirmee et son maître se servait de certains pour rendre une surface de bois plane. Ils étaient effilés au pied pour pouvoir enlever les imperfections du bois lorsque l’on tapait dessus avec le marteau. Les autres pics étaient plus durs à utiliser. Seul Giuyan avait la force pour les manier comme il le fallait. Ils servaient à préparer les trous pour les gros clous de fer que préparait le charpentier lui-même.
Alors que Tirmee revenait avec la première poutre, Giuyan avait déjà préparé et enfoncé la moitié du clou qui devait remettre l’armature en un seul morceau. Question d’amour propre, le charpentier voulait montrer au bois que même si ce dernier l’avait blessé, il lui était supérieur. Ce petit rapport qu’entretenait Giuyan avec le bois faisait rire et forçait l’admiration de Tirmee pour son maître. Ils placèrent le premier renfort de façon à ce que ce dernier soit dans l’angle du bateau. Tirmee dût raboter à coups de marteau la planche jusqu’à ce que l’angle soit le bon avec le navire. En la bloquant avec un renfort au sol, l’armature aurait été bien maintenue. Mais cela ne suffisait pas à Giuyan. Pour être sûr de ne pas à avoir à retravailler dans cette zone, il réitéra la même opération de l’autre coté de l’armature. Ainsi, en trépied, l’ossature du bateau était assez forte pour tenir pendant encore un moment.
La journée était passée à une vitesse affolante. Travailler avec son maître avait enlevé les soucis de Tirmee. Il se sentait utile et qualifié dans ce qu’il faisait. Les deux charpentiers sortirent de la cale et se mêlèrent à l’équipage de réserve pour manger sur le pont du bateau, derrière les tentes. L’équipage de réserve était la relève de la rame. Chacun d’eux travaillait un certain nombre de temps et tournait sur trois équipes. Deux aux bancs des rameurs, une en repos et en faction sur le pont. Les marins tentaient de se faire comprendre des deux charpentiers, mais la barrière de la langue n’était pas si facile à franchir.
Giuyan savait que deux des trois marchands connaissaient la langue. Mais il ne les voyait pas au milieu de l’équipage. Un vieux marin s’approcha de Tirmee et lui donna son reste de viande séché en lui faisant un grand sourire et lui tapant amicalement mais fortement dans le dos. Le sourire édenté du vieillard fit rire l’enfant. Et les marins autour rirent de voir l’enfant heureux.
- Ils sont gentils avec toi. Je pense qu’ils t’ont adopté comme leur coqueluche. Certains doivent voir en toi le fils qu’ils n’ont jamais eu.
- Comme toi ? Demanda Tirmee en regardant le vieux charpentier.
- Comme moi, fils, exactement comme moi.
Giuyan tendit la main sur la tête de Tirmee et l’ébouriffa. Le jeune apprenti savait que c’était sa façon de faire passer ces émotions. Giuyan se sentait l’âme d’un père pour Tirmee, alors que ce dernier n’attendait rien de lui. C’était son maître, un ami, mais rien de plus. Le charpentier le savait et c’est ça qui le rendait le plus triste. Il ne pouvait s’accaparer la vie du jeune homme. Mais il avait comme devoir de le former à devenir un homme. La nuit était tombée et la plupart des hommes du bateau étaient partis vaquer à leurs taches. Tirmee regarda alors le vieux charpentier qui avait les larmes aux yeux.
- Qu’est ce qui ne va pas ? J’ai dis quelque chose qu’il ne fallait pas ?
- Non fils, rien. Je suis juste triste que ma vie ne soit pas celle que tout le monde possède. Je n’ai pas d’attache, pas de repère. J’ai quitté mon pays natal pour vivre de mon art. Mais mon pays d’accueil m’a déçu. Plus que mon pays natal. Je me dis que voyager est la solution, mais à mon âge, ce que je devais vivre est passé.
- Je ne t’ai pas demandé ça avant, mais où nous dirigeons-nous ?
- En Dacie. C’est un pays différent, c’est de là que vienne ces marchands. Ils ont promis de nous aider à trouver de quoi vivre là bas. Et de nous aider à recommencer notre vie en échange de la réparation de ce navire.
- Je ne suis peut-être pas ton fils, mais je t’apprécie vraiment tu sais Giuyan ?
- T’es un bon petit. Je l’ai toujours su, tu as ce qu’il faut pour devenir un excellent maître de charpenterie. Tu vois de choses comme je ne les verrai jamais. Tu as un don pour ça. Tout à l’heure, l’idée des cales aux sols m’est venue quand tu as vu que cela ne serait pas assez solide.
- En parlant de chose que je vois, j’aimerai vraiment que tu me croies sur le fait que j’ai tué mo....
- On en a déjà parlé. Ce n’est qu’un de tes délires dus à la fièvre. En traînant dans la forêt tu as sûrement contracté une maladie. Et elle t’a fait divaguer. Vivre pendant un moment seul dans la forêt à modifier ta façon de voir les choses et le lynx dont tu parles n’a pas pu communiquer avec toi...
- On ne se parlait pas. On ressentait les choses. On les vivait de façon similaire alors que notre corps est tellement différent. Et notre esprit aussi. Je suis certain que la voix dans ma têt...
- Chut, viens, suis-moi. Personne ne doit t’entendre dire ça.
Giuyan demanda à Tirmee de le suivre dans la tente qui leur était réservé. Ils y entrèrent et le charpentier tira le rabat sur leur passage. Il voulait être sur d’être seul pour parler de ça avec le jeune homme.
- Ne dis jamais ça en présence des marchands ou d’un membre de l’équipage. Les marins sont superstitieux et extrêmement dur avec ceux qui prétendent entendre des voix. Les fous ne sont pas un signe de bonne aventure chez eux. Je les ai vus jeter un Chinois par-dessus bord parce que ce dernier venait de défaillir physiquement et faisait de grands gestes dans tous les sens.
S’il te plait, Tirmee, ne reparle plus jamais de cette voix et de la mort de ton oncle. Je ne crois à aucune de ces histoires, pas plus qu’à celle de la femelle lynx qui t’as adopté. Tout ceci, tu dois y enlever de ta tête, et si tu ne le fais pas volontairement, je le ferai en te faisant crouler sous le travail à tel point que ta seule pensée sera de manger et de dormir. Je ne le fais pas pour te faire du mal, mais tu dois grandir et comprendre que les amis imaginaires n’apportent jamais le bonheur que l’on cherche.
Tirmee venait de comprendre que Giuyan n’était pas l’oreille attentive qu’il attendait. Il n’était pas celui à qui il fallait parler de tout ça. Et personne à bord ne pourrait jamais le comprendre. Ils penseraient soit que ce sont les délires d’un enfant, soit ceux d’un fou. Et dans les deux cas, ça ne présageait rien de bon pour lui. C’est sur ces pensées négatives que Tirmee décida de se réfugier dans son monde des rêves.
Et c’est ce qu’il fit assez rapidement ce soir là. Il rêva de nouveau à une belle forêt et de sa quête du grand frisson avec des sauts de plus en plus durs et de plus en plus de décharges d’adrénaline. C’est là qu’il compris que c’était ça qu’il voulait. Une vie pleine de ces décharges qui te font te sentir vivant.
*** Peut importe le flacon tant que l’on à l’ivresse. ***
Il n’avait jamais utilisé cette phrase autrement que pour parler de l’alcoolisme de son père. Mais il compris que ce que la voix lui dictait était le chemin qu’il devait suivre.
*** - Mais j’aime ma vie aux cotés des navires. Le fait que les hommes soient obligés de s’entraider pour ne pas mourir. C’est ça la vraie vie. Avec des gens vrais. Je veux devenir un homme.
- Une fois à bord, c’est comme ça, mais au sol ? Dis-moi si tu as vu ça au sol ?
- ....
- Tu es enfin conscient de ça. Il faut que tu penses à toi avant tout. Tu as un potentiel et tu ne l’exploites pas. Tu ne sais même pas qui je représente dans ta tête. Je m’enterrerai dans ton esprit jusqu’à ce que tu le découvres. Je ne ressortirais qu’en cas de danger.
- ... non, attends, j’ai besoin de toi. Restes !!!
- .........
- Restes, je t’en supplie. ***
C’était un monde qui s’écroulait pour Tirmee. Sa seule joie de vivre, son repère secret qui disparaissait. Il est vrai qu’il ignorait qui était la représentation de cette femme-féline. Mais il avait besoin d’elle et de sa présence chaleureuse pour le protéger de ces effroyables cauchemars.
***Effroyables cauchemars ? Mais je dirige mes rêves, je n’ai plus besoin d’elle. Je suis maître de mes nuits. Et je vais le devenir pour ma vie aussi. Il faut au plus vite que nous arrivions dans l’ouest. Là bas, je suis sur et certain de pouvoir quitter Giuyan et de vivre par mes propres moyens. *** _________________
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|  | | Tirmee ATHENIEN

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| Sujet: Re: [Enfance de Tirmee] Le voyage [Partie III] Ven 23 Fév 2007 - 2:48 | |
| Tirmee réouvrit alors son esprit au monde qu’il aimait, en abandonnant l’idée de contacter la voix dans sa tête. Elle se montrerait le moment voulu. Quand il décidera d’affronter son destin une fois déchargé dans un nouveau pays. Un pays qui aurait besoin de lui et dans lequel il aurait enfin trouvé sa voie. Mais son escapade en rêve lui avait laissé un sentiment de manque. La nuit passa aussi vite qu’il était permis pour elle de passer. Le soleil ne s’était pas levé que le vieux charpentier leva son apprenti et le mena sur le pont.
Pendant la nuit, un esclave avait tenté de s’échapper et de sauter à l’eau. Mais retenu par ces chaînes et ses compagnons de lignes, il était resté suspendu au bastingage pendant plus d’une vingtaine de minutes, les liens lui rongeant la chaire. Une fois que le contremaître s’en est rendu compte, il dût aller chercher une hache sur le pont supérieur et frapper à plusieurs reprises pour empêcher les autres de partir avec lui. Le contremaître avait abîmé fortement le trou qui servait à passer la rame.
Leur travail de la journée serait de remettre cette sortie à neuf et empêcher par n’importe quels moyens de perdre de nouveau un esclave. Car jamais les marchands n’avaient jamais vu un homme préférer mourir de noyade que d’être vendu. Ils ne pouvaient se permettre de perdre encore de la marchandise, même si elle était de piètre qualité.
*** - Piètre qualité, c’est ainsi qu’ils considèrent ces malheureux ? Je trancherai bien la gorge de ce marchand cupide.
- Te revoilà ? Je croyais que je devais te connaître mieux avant que tu ne reviennes.
- J’ai réalisé que tu avais besoin de moi. Et que j’avais besoin de toi. L’un sans l’autre, nous sommes vide de sens. Je l’ai compris cette nuit te voyant errer seul dans ce rêve. ***
Tirmee ne fût pas très productif ce jour là. L’ambiance pesante dans sa tête et le fait de se retrouver entre les esclaves pour travailler alors que ces derniers souffraient le martyr sous les coups de fouets vengeur de l’homme qui venait de se voir retirer une partie de sa paye pour ne pas avoir su préserver la vie d’un passager, rendait le jeune homme morose. Il n’osait pas lever la tête de ses outils et de son ouvrages de peur de croiser le regard implorant d’un des esclaves.
*** - Ce que tu fais là est dédaigneux envers ces personnes. Regardes les droits dans les yeux et soutiens leurs regards. Montres leur que tu es plus fort qu’eux.***
Tirmee se remis alors dans sa bulle et se contenta de faire comme s’il était affairé. Il ressentait la peine de ces gens et même plus. Mais il ne pouvait rien pour eux. L’esprit en perpétuel conflit, ce ne fut pas lui qui pensa la solution que Giuyan mis au point. Plutôt que de les faire uniquement tenir entre eux, ils plaça de nouveaux rivets aux parois du bateau. Un de chaque coté du cercle par lequel passait la rame. En faisant passer la chaîne par les rivets et entourant la rame avec, ils ne pourraient ni lancer la rame à l’eau, ni tenter de fuir par le trou. Tirmee fut dégoûté de Giuyan qui faisait tout pour s’attirer les bonnes grâces de ces marchands plus qu’écœurants.
Ce soir là, le charpentier fût invité par les propriétaires à dîner à leur table. Il l’avait bien mérité d’après leurs dires. Ce travail avait du lui demander beaucoup de réflexion. Et les marchands pensaient le récompenser en lui montrant qu’il était leur invité d’honneur. Il eut même droit à un applaudissement du reste de l’équipage. Tirmee ne mangea rien ce soir là. Il savait que la comédie allait bientôt prendre fin. Et que rien ne pourrait plus jamais l’obliger à faire ce qu’il venait de faire. Il allait devenir assez fort pour ne plus ressentir ces sentiments humains qui obscurcissaient ces moindres faits et gestes, ces moindres pensées. Il fallait qu’il quitte cette façon de vivre pour laisser place à sa vraie nature d’animal. Il s’endormit en endurcissant son cœur.
Pendant moins d’une demi-semaine, il travailla alors dans la cale avec Giuyan à monter ce nouveau système de rivets. Au milieu des esclaves qui l’imploraient en chinois et en des langues inconnues, Tirmee forgea son esprit à la manière d’un félin. Rien n’avait plus d’importance à part le travail pour la meute et les repas. Les plaisirs simples d’une vie qui n’aurait jamais du être celle d’un enfant. Privé d’amour maternel, privé d’amour paternel, voyant jour après jour son seul lien avec cette vie se prostituer pour des marchands qui le flattaient mais qui l’abandonneraient à la première occasion, Tirmee se referma sur lui-même. Les esclaves devenaient de plus en plus des meubles qu’on ne peux enlever d’une maison, la crasse et la misère devenaient banales et la violence exercée pour maintenir l’ordre presque comme une évidence. La nuit n’était plus qu’un échappatoire, c’était devenu le moment vital qui empêchait Tirmee de tomber dans la démence.
*** - Petit frère, tu es devenu un vrai homme. Tu tiens droit devant ce monde. Et pourtant je sens que ce n’est plus ce que tu désires le plus.
- Ce n’est pas ce que je pensais. Être un homme n’a vraiment aucun intérêt. Rester un enfant est impossible en voyant ce qui se passe à bord. Je crois que tu avais raison. Je ne suis pas fait pour cette vie. Je ne veux plus être humain. Je ne suis pas comme ces gens.
- Bien sur que non. Tu n’es pas comme eux. Tu as quelque chose en plus, même si tu l’ignores encore. Mais je sais que rien ni personne ne pourra mieux diriger ta vie que lorsque tu auras trouvé ta place dans ce monde. Tu aimes cette vie à bord des navires et je n’avais pas le droit de te dire et t’affirmer le contraire. Mais tu n’es pas fait pour voyager avec des hommes comme ceux-ci. Tu pourrais les tuer tous, mais tu serais blessé.
Et je ne pourrais assurer ta sécurité comme contre Chen-fi. Mais je te promet qu’un jour tu en auras les moyen et tu pourras accomplir quelque chose de grand.
N’oublies pas que la meute est toujours plus forte que l’individu. ***
Une semaine entière passa et la terre se dessina alors à l’horizon. La nuit était tombée depuis longtemps mais les lumières de la rives rendait l’approche plus simple pour le navire marchand et son équipage entraîné. Les esclaves eurent pour ordre de lever les rames. La rive gauche du navire rama de toute ces forces avant de lever elle aussi ces rames. Un choc se fit ressentir et un craquement se fit entendre. Puis un grand calme. Le bateau venait d’accoster au pays des monstres.
Tirmee savait qu’il était encore trop loin de la terre promise pour pouvoir s’échapper de ce navire. Et rien ne pourrait le détourner de cette nouvelle vie que Giuyan lui avait décrite maintes fois les soirs sur ce bateau avant qu’il ne change complètement aux yeux du jeune charpentier. Tirmee ne descendit pas de suite du pont. Il préféra se remémorer cette conversation pour ne pas se détourner du chemin qu’il savait tracé pour lui.[/i]
*** - Giuyan, à quoi ressemble ce pays ? A quoi ressemble ce monde que tu as choisi pour nous ?
- Non fils, je ne l’ai pas choisi pour nous, c’est lui qui nous a choisi. En en entendant parler, j’ai su que ce pays était fait pour nous. Imagine toi fils, de longues plages, un climat moins humide que celui que l’on connaît. Des ports a faire pâlir le grand marché de Hangzhou, tellement développés que les marchands font leurs commerces sans jamais sortir de leur navire. ***
Giuyan décrivait avec de grands et larges mouvements pour donner du relief à son récit. Il avait le don de parler avec ces mains. Et ces dernières parlaient plus que ces mots. Il mimait à ce moment un grand voilier avec deux rangs de rameurs. Un monstre de technologie selon lui. Tirmee était captivé par ce total dépaysement promis par le charpentier.
*** - Dans ces ports de commerce, de l’or à se faire en pagaille. Tous ces ports sont remplis de charpentier près à travailler pour remettre à neuf tout navire contre un tas d’or. Tout le monde y trouve son compte. Des armateurs aux pêcheurs. Le soleil omniprésent et la chaleur constante de la ville de Varna te prouvera que j’ai raison.
- Je ne demande que ça. C’est le monde que je cherche. Et c’est pour ça que j’ai embarqué avec toi. ***
Il était bien loin le moment de cette conversation et de ce rêve idyllique. Elle était loin la promesse d’une vie meilleure. Surtout depuis le calvaire mental que vivait le pauvre charpentier. Tiraillé entre sa morale et son rêve personnel. Rien ne semblait plus pareil. Et ne le serais plus jamais. Qu’allait t’il en être du reste du voyage ? C’est en descendant du bateau en sautant sur la plage qui servait d’embarcadère que Tirmee mis fin à ses souvenirs et décida de ne plus jamais penser comme un humain. Il agirait pour son bien. Et rien ni personne ne le détournerait de son nouvel idéal, vivre seul de sa passion.
Fin de la troisième partie _________________
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