AccueilPortailFAQRechercherS’enregistrerConnexion
 La dernière flèche [Glarthi'oc]Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Glarthi'oc
ATHENIEN



Age : 23
Inscrit le : 30 Juil 2006
Messages : 364
PV; PC : PV : 77/171; PC : 53/158
Postule pour : Armure d'or du Taureau
Emploi : Ministre de la culture

MessageSujet: La dernière flèche [Glarthi'oc]   Ven 8 Déc 2006 - 19:27

La dernière flèche



Glarthi’oc avait neuf ans lorsqu’il rencontra dans des circonstances étranges, une jeune femme répondant au nom de Jade. Glarthi’oc avait beaucoup appris d’elle. Il avait notamment reçu de sa part un entraînement à l’arc. Pendant une semaine, le jeune angolais avait pu recevoir des conseils avisés de la plus grande archère qu’il aurait la chance de connaître et ses talents naissants de chasseur purent s’affûter rapidement.

Deux années s’étaient écoulées depuis la rencontre avec Jade. Glarthi’oc y repensait chaque jour, alors qu’il partait à la chasse, son arc à la main… Le village dans lequel il vivait souffrait toujours de la pauvreté, mais les talents grandissants du jeune Glarthi’oc suffisaient à apporter assez de nourriture à sa famille. Cela l’occupait toute la journée… Nourrir ses parents, ainsi que ses trois frères et sa sœur était une occupation à part entière.

Le père de Glarthi’oc était un petit artisan. Plus jeune, il allait souvent chasser, mais une morsure de panthère lui avait immobilisé une jambe. Heureux d’avoir pu survivre à cela Ernac, c'était son nom, ne s’en plaignait jamais. Mais il avait du mettre de côté ses armes et apprendre à faire autre chose de sa vie, afin de nourrir sa femme et ses enfants. La vie lui avait enseigné comment fabriquer des pièges, des armes et autres instruments de chasse. En modifiant un peu ce qu’il savait déjà faire, il réussi à fabriquer des vêtements et quelques objets simples en bois pour la cuisine et la culture du manioc. Grâce à cela, il arrivait à troquer quelques ustensiles de cuisine et autres outils quotidiens contre un peu de nourriture.

La mère de Glarthi’oc passait son temps à garder la maison en place. Elle s’occupait de toutes les tâches dont s’occupent les femmes à cette époque. Faire la cuisine, le ménage, régler les problèmes de voisinage et élever ses quatre enfants. Dans peu de temps, N’talah serait assez grand pour entamer sa vie de jeune garçon… Cela ferait une charge de moins pour elle, et des revenus supplémentaires…

N’talah était le cadet. Il allait avoir sept ans. Depuis plusieurs années, il se rendait utile en aidant sa mère à effectuer toutes ses tâches. Mais il avait hâte de s’en aller, avec Glarthi’oc, chasser dans la jungle. Pour l’instant, il ne pouvait pas faire plus d’une centaine de mètres hors du village et il était tiraillé par sa soif de liberté.

Les deux jeunes frères de Glarthi’oc s’appelaient Sennem et Ablaye, sa sœur, Falnia. Mais ils étaient très jeunes, les deux frères ayant à peine plus de quatre ans et la jeune fille ne marchait toujours pas.

Cette famille, pauvre comme toutes les familles du village, était néanmoins heureuse. Ils arrivaient à manger correctement et ils se satisfaisaient de peu…

Aujourd’hui, N’talah fêtait ses sept ans. Pour un jeune garçon du village, c’est une cérémonie importante, puisque c’est à cet âge que l’on passe de l’enfant au jeune adulte. Tout le village était réuni autour d’un grand feu. Toutes les familles avaient apporté de la nourriture et de petits cadeaux pour le jeune garçon. L’ambiance était joyeuse, ce qui contrastait d’ailleurs avec la morosité qu’avait apporté les rumeurs de guerres, ces derniers jours… Après la fin du repas, comme c’est la tradition dans la village, le père prit la parole.

Il se leva, doucement, aidé par son Glarthi’oc, puis se dirigea lentement vers sa hutte. Une fois devant le pas de la porte, son fils le rejoignit, sous le regard amusé et bienveillant des villageois. Enfin, encouragés par les crépitements rieurs du feu, tous entourèrent les deux hommes.

Le père posa sa main gauche sur l’épaule droite de son fils, plongeant son regard dans ses petits yeux noirs. Cet instant était très important car Ernac allait devoir prendre une décision concernant l’avenir de N’talah, sa place dans le village. Le vent léger entraînait avec lui les différents parfums de la jungle, de ses plantes et de ses fruits. Les odeurs du feu ne parvenaient plus jusqu’aux hommes, mais ils étaient toujours accompagnés par sa lueur chaude et trépignante.


– N’talah, mon fils. Déjà, voici venu le jour où nous fêtons tes sept ans. Comme tu le sais, c’est un jour important pour toi. Il va faire de toi ce que tu seras toute ta vie.

Le jeune fils avait l’air calme, mais il bouillonnait intérieurement. Il savait qu’il était mince, voire maigre et qu’il manquait de force, mais il voulait vraiment être chasseur, comme son frère. Partir à l’aventure, vivre des situations dangereuses…

– Tu es quelqu’un d’intelligent. Malgré ton jeune âge. Et plutôt rusé. Alors, je sais que tu sauras arriver à tes fins, que tu surmonteras les obstacles…

N’talah n’en pouvait plus. Si son père ne donnait pas rapidement sa décision, il allait tomber par terre… Déjà, sur son front, la sueur perlait.

– Mais tu as toujours été impatient… Alors… va donc voir derrière la case du chef. Là, se trouve ce qui va faire de toi un homme.

N’talah resta hébété plusieurs secondes, sans bouger. Il était tellement stressé qu’il n’était pas certain d’avoir bien compris ce que lui avait dit son père. Mais lorsque la foule s’ouvrit, pour le laisser aller vers la case du chef, il eut confirmation… L’épreuve était insoutenable. Il devait parcourir une centaine de mètres en marchant, calmement. Alors qu’il brûlait d’envie de courir plus vite que le vent et de connaître son avenir…

Traversant la foule, il croisa le regard de son grand frère, rassurant, comme toujours. Savait-il ce qui allait lui arriver ? Non, il était presque dans le même état que N’talah ; il aurait été beaucoup plus calme s’il avait été au courant…

Suivi par la foule, le jeune garçon s’approchait lentement de la case. Ses mains étaient moites. Sur sa tempe, un léger bourdonnement se faisait entendre, puis des coups sourds, répétitifs. Ses joues étaient brûlantes. Des picotements le parcouraient, aux bras, aux jambes, sur le visage. Chaque centimètre carré de son corps semblait vouloir lui rappeler à tout prix la profondeur de cet instant.

Il arriva enfin derrière la hutte en question. Cherchant du regard tout ce qui n’était pas à sa place… Puis il aperçu un objet, posé contre le mur, enroulé dans un tissu sombre. N’talah en oublia toute retenue, l’émotion était trop grande. Il se jeta sur l’objet et fit glisser le tissu, trop pressé pour le dérouler. La lumière orangée du feu fit apparaître un reflet mat. Une dague. Celle que porte Glarthi’oc quelques fois ! Une dague de chasseur !

Un sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, N’talah se retourna vers la foule et brandit son arme au ciel !


– JE VAIS ÊTRE CHASSEUR ! JE VAIS ÊTRE CHASSEUR !
_________________
Ma fiche de perso

couleur=saddlebrown
Revenir en haut Aller en bas
Glarthi'oc
ATHENIEN



Age : 23
Inscrit le : 30 Juil 2006
Messages : 364
PV; PC : PV : 77/171; PC : 53/158
Postule pour : Armure d'or du Taureau
Emploi : Ministre de la culture

MessageSujet: Re: La dernière flèche [Glarthi'oc]   Mar 26 Déc 2006 - 17:35

Tout le monde était revenu près du feu et la nuit fut rythmée par les cris de joie de N'Talah. Plus que joyeux, le jeune garçon était euphorique. Toute la nuit, il parla avec son frère, des aventures qu'il avait déjà vécu, et surtout, de toutes celles qu'ils allaient vivre ! De toutes ces parties de chasse, de tous ces animaux dangereux qu'ils allaient rapporter, de toute la nourriture qu'ils allaient pouvoir donner à leurs parents…

L'enthousiasme du garçon était tel qu'Ernac ne douta plus un instant de son cadeau. Il était persudé que son fils ferait désormais n'importe quoi pour devenir un bon chasseur.

La cérémonie se poursuivit jusqu'au petit matin.

En début d'après midi, N'talah fut réveillé par son grand frère, Glarthi'oc. N'talah était épuisé par les émotions de la veille, mais lorsque la brume se déchira dans son esprit et qu'il aperçu le visage de son frère, il bondit hors de sa couche. Une partie de chasse allait commencer !


- Je t'attends dehors dans cinq minutes. Dépêche-toi !

Le ton de Glarthi'oc ne laissait pas vraiment place à une négciation… De toute façon, N'talah ne demandait pas mieux que de partir tout de suite ! Il s'habilla rapidement, prit son arc à la main et se rua dehors. La fatigue avait été balayée par l'adrénaline et le jeune garçon était tout à fait réveillé, maintenant. Il se mit rapidement face à son frère, tel un soldat au garde à vous face à son supérieur.

- Va poser ton arc.

- Pourquoi ? On ne va pas chasser ?

- Tu ne sais pas tirer. Tu sais à peine le porter. Et tu n'as pas de carquois, ni de flèche. Tu ne sais rien sur la chasse. Alors, pour l'instant, tu vas me suivre. Juste me suivre et regarder ce que je fais.

Entendre cela de cette façon ternit l'excitation du jeune N'talah, mais, là encore, il n'avait pas à discuter. Ainsi, il s'exécuta le plus rapidement possible et revint vers Glarthi'oc.

- Bien. Première chose. Avant de partir, il faut toujours avoir un arc, mais aussi des flèches, dans un carquois et une dague. Ensuite, il faut prévenir père de notre départ et lui dire où nous allons chasser. Ensuite, nous partirons.

Après avoir montré son équipement à son jeune frère et prévenu son père de leur départ, Glarthi'oc commença à s'enfoncer dans la jungle, suivi par N'talah. Tout en marchant, Glarthi'oc expliquait comment trouver le gibier, comment suivre des traces, où entamer la chasse…Bref, il commençait à enseigner à son disciple ca que son père lui avait appris, quelques années auparavant.

N'talah se montrait calme et écoutait attentivement tout ce que son frère lui disait. Mais il s'essoufflait rapidement. Marcher dans la jungle est très approuvant. La chaleur horrible et l'air chargé d'humidité rendent la respiration difficile. La végétation est oppressante, elle s'insinue partout. Les branches et les fougères gênent la marche, tandis que le sol peut toujours cacher un obstacle ou un animal… Peu à peu, le souffle du jeune garçon se fit plus saccadé.


- Si tu n'es même pas capable de marcher, tu ne seras jamais un bon chasseur. Et je ne t'emmènerai plus avec moi.

Glarthi'oc avait toujours eu une bonne constitution et il lui avait été beaucoup moins pénible que pour son frère de s'aventurer dans la jungle, lors de ses premières leçons. Néanmoins, sa menace suffit à donner encore plus de courage à N'talah.

- Ne t'inquiète pas. Ca ira.

Au bout d'une demi-heure de marche environ, Glarthi'oc s'arrêta. Il s'approcha d'un arbre et ramassa, à son pied, un fruit grignoté. Il le montra à son frère.

- Tu vois, ces petites marques, à la base du fruit ? Ce sont des traces de bec. Et là, cette encoche, assez large, elles donnent la largeur du bec de l'animal.

Glarthi'oc retourna le fruit et examina la peau.

- Humm. Ces petites traces, ici.

- Les griffes de l'oiseau ?

- Oui. Les entailles ne sont pas très profondes. Et vu la largeur du bec, je dirai un touraco.

- Euh… C'est bien, mais à quoi ça nous sert de savoir qui a mangé ce fruit ?

- A rien, si on ne sait pas quoi faire de cette information. Les touracos vivent groupés. De grandes colonies, qui ne bougent pas beaucoup. Donc si un fruit a été mangé, il y a peu, par un de ces oiseaux, il est quasiment certain que le reste de la colinie ne se trouve pas loin. Donc maintenant, silence…
_________________
Ma fiche de perso

couleur=saddlebrown


Dernière édition par le Lun 5 Mar 2007 - 14:06, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Glarthi'oc
ATHENIEN



Age : 23
Inscrit le : 30 Juil 2006
Messages : 364
PV; PC : PV : 77/171; PC : 53/158
Postule pour : Armure d'or du Taureau
Emploi : Ministre de la culture

MessageSujet: Re: La dernière flèche [Glarthi'oc]   Lun 5 Mar 2007 - 14:05

Le calme semblait régner dans la jungle. Les deux frères se turent. N'talah resta sans bouger. Il essayait de faire le moins de bruit possible. Mais c'est en voulant se faire invisible qu'il se rendit compte à quel point il était bruyant. Sa respiration sifflait horriblement. Et ce battement, dans sa tête ! Son cœur, toujours sollicité par l'éprouvante marche, tambourinait de puissants chocs sourds. Le jeune chasseur essayait de se concentrer sur ses bruits, de les atténuer au maximum, mais rien ne semblait faire effet. En voulant examiner comment Glarthi'oc se débrouillait pour rester silencieux, il aperçu que ce dernier était calme, immobile. Le regard apparemment dans le vague. Plus que fondu dans la végétation, il en était devenu un élément à part entière…

**Il ne faut pas lutter contre la jungle… Mais l'accepter. Devenir comme elle. Non. Devenir ELLE…**

Pensant cela, N'talah ferma les yeux. Un vent chaud et calme glissait sur sa sueur. Se focalisant sur ce souffle, il tentait d'y lier sa respiration. Au début, le bruit de ses poumons se faisait toujours entendre, malgré ses efforts. Le jeune garçon essayait de se calmer, de se focaliser sur le vent, mais rien n'y faisait. Le vent, pourtant calme, n'acceptait pas ces perturbations respiratoires…N'talah ouvrit les yeux, pour tenter de visualiser le vent par ses manifestations. Les feuilles qui bougent, le balancement des lianes…

Mais il se trouva nez à nez avec Glarthi'oc. Effrayé, il voulu reculer d'un pas, mais son pied heurta une pierre et il tomba, lourdement. Tout le temps de sa chute, le jeune garçon put sentir la honte et la surprise se mêler dans son esprit… Et le choc fut bien indolore à côté du regard que lui lançait Glarthi'oc ! L'inhabile disciple tenta de se relever, mais ses mains s'étaient agrippées dans la végétation. Secouant les mains, s'agitant en tous sens, il tentait de se débarrasser de ces étaux qui l'avaient fait prisonnier…
Glarthi'oc, sourcils durement froncés, fit signe au malheureux de ne plus faire le moindre bruit. Il se baissa et, d'un geste calme et précis, le libéra, avant de l'aider à se relever.


- N'talah… Tu es pitoyable. Si tu continues comme cela, non seulement je demande à père de te trouver une autre fonction, mais en plus, nous n'aurons rien à rapporter à manger ce soir…

Glarthi'oc avait parlé très bas, mais ces mots résonnèrent dans l'esprit du jeune apprenti, comme le son d'une cloche qui, quoi qu'il fasse, frappe un bord puis l'autre de la cloche, sans jamais pouvoir s'en échapper…

- Ecoute bien… Un chasseur ne vole pas la forêt. Il ne la détruit pas. Il y pénètre et prend ce dont il a besoin pour vivre. Uniquement. Il ne doit laisser aucune autre trace que ce qui est indispensable à sa survie… Il ne doit pas lutter contre la jungle, mais lire en elle. La ressentir…

Glarthi'oc fit la moue. Son visage avait perdu toute trace d'enthousiasme…

**Devenir la jungle… J'avais découvert moi-même cette leçon. Mais je n'ai même pas été capable de l'appliquer lorsque je suis tombé… Si je me comporte comme un idiot… Il est normal que Frère pense que j'en suis un…**

Glarthi'oc reprit son observation. Puis il se mit en route. Par gestes, il essayait de faire comprendre quelques choses à N'talah. Quelle direction ils allaient prendre, un obstacle à éviter, un petit mammifère perché sur une branche qui les regardait… Un moment, N'talah souffla entre ses dents. Ce petit signal, assez silencieux, devait permettre à l'apprenti d'attirer l'attention de son maitre. Ce dernier se retourna, apparemment pressé de juger de la pertinence de cette intervention. Le jeune garçon sentit la chaleur l'envahir. Il redoutait d'avoir à regretter son geste. Il pointa tout de même du doigt un arbre, à quelques mètres sur leur gauche. Puis, levant le bras, le doigt se mit à désigner une grappe de fruits. Les mêmes fruits que Glarthi'oc avait montré à son frère, peu auparavant… Ce dernier fixa attentivement les fruits en question, puis, tout à coup, son visage afficha un large sourire. Hochant lentement de la tête, il porta sur son disciple un regard enjoué.

Les nombreuses marques de becs et de griffes que portaient les fruits devaient y être pour quelque chose…

Petit à petit, les signes de présence des oiseaux se firent plus présents.

Après quelques minutes, Glarthi'oc se mit à genoux, très lentement. Il prit quelques flèches de son carquois, avant d'en confier la garde à son disciple, puis il ajusta la première à son arc.
Le jeune apprenti reçu les flèches comme des cadeaux. Il sentait à nouveau l'impatience monter en lui. Pour la première fois, il allait voir son frère chasser. Et, à sa manière, il allait pouvoir participer à cela car, une fois sa flèche tirée, Glarthi'oc devrait utiliser celles que lui tendrait son disciple. Même s'il ne maniait pas l'arc lui-même, N'talah senti une lourde tension sur ses épaules. Même si son rôle était limité et simple, il devait l'accomplir sans aucune erreur.

Pendant plusieurs secondes qui parurent interminables, les deux jeunes angolais avancèrent, l'un sur les traces de l'autre, aussi silencieusement que possible. En marchant, le disciple put voir comment son ainé avait remarqué la colonie. Sur le sol, de nombreuses fientes étaient visibles. Ses oiseaux se déplaçant peu, c'était un signe précis de la proximité des oiseaux. Leurs cris résonnaient dans la forêt, maintenant. Si bien qu'il était presque impossible de savoir d'où ils venaient…

Mais l'habitude de Glarthi'oc à cet exercice était déterminante et, sans hésiter, il prit la bonne direction. Alors que les cris se faisaient entendre de plus belle, Glarthi'oc stoppa son avancée. Il resta quelques secondes, ainsi, sans bouger, à regarder devant lui. Puis, pointant son arme vers le sol, il la banda en direction d'un oiseau qui était perché au dessus d'eux et qui leur tournait le dos. N'talah se rapprocha, fixant la corde de l'arc. La flèche n'allait pas tarder à partir. L'arc était bandé au maximum. Plus rien n'empêchait le tir. Le vent s'arrêta, comme pour mieux contempler le tir. Mais au lieu de tirer, Glarthi'oc se mit à marcher, dans la même direction que précédemment, mais toujours en pointant son arc sur le volatile. N'talah était perdu. Il ne voulait pas manquer le tir de Glarthi'oc, il voulait le voir de ses propres yeux. Mais il devait aussi le suivre, aussi près que possible. Et sans faire le moindre bruit. Il dut donc décrocher son regard de l'arbre et avancer en fixant le sol, afin d'éviter tout obstacle.


**Quand Glarthi'oc fixait le sol sans bouger, tout à l'heure, il devait "apprendre le terrain"… Le retenir dans sa tête afin de se déplacer sans bruit, tout en gardant son attention sur le touraco. Mais pourquoi ne tire-t-il pas ?**

Le novice fut tiré de ses pensées par un faible bruit. La flèche était partie. Sans réfléchir, il en tendit une nouvelle à son grand frère. Il avait à peine ouvert la main que la flèche fut montée sur l'arc et propulsée sur dans la même direction que la précédente.

Lorsque les deux frères rentrèrent au village, ils étaient ravis. Dans leurs bras et accrochés sur leurs épaules, pendaient huit touracos. Ces oiseaux étaient suffisamment épais pour fournir de la nourriture à un homme adulte pour une journée complète. Avec un tel butin, les deux chasseurs avaient largement dépassé leur objectif… Un chasseur devait, chaque soir, rapporter au village de quoi nourrir les personnes dont il avait la charge. Dans le cas de Glarthi’oc, toute sa famille, lui compris. Mais maintenant que N’talah l’avait rejoint, ils devaient aussi rapporter assez de nourriture pour pouvoir l’échanger à d’autres familles, contre des légumes, des épices, des objets du quotidien, les soins du sage du village, ou encore pour servir d’offrande à Soulussi’a, la déesse protectrice du village.


Les jours se succédèrent. Chaque soir, Glarthi’oc devait ramener de quoi nourrir sa famille. Chaque jour, N’talah devait être meilleur chasseur que la veille. A la tombée de chaque nuit, un petit rituel s’était instauré entre maître et apprenti ; N’talah devant expliquer en détail à quoi il avait passé sa journée et ce qu’il avait appris. Quelques fois, Glarthi’oc le punissait, considérant que son jeune frère avait perdu son temps, qu’il ne s’était pas intéressé à l’essentiel ; mais N’talah était d’une détermination impressionnante et il était plutôt bon élève. En moyenne, il passait un jour sur deux avec son frère, le suivant dans ses chasses. Puis, le lendemain, il restait au village, et passait toute la journée à tirer à l’arc, puis, avec l’expérience, à confectionner son propre arc et ses flèches.

Après deux ans passés à s’entraîner sans relâche, N’talah était devenu un chasseur adroit. Mais il lui manquait toujours quelque chose qui ferait de lui un véritable chasseur, une chose que Glarthi’oc pouvait lui montrer, mais pas lui apprendre : la patience. Le jeune disciple avait appris à manier un arc avec dextérité, même s’il était loin d’égaler son maître, il savait comment trouver du gibier, comment l’approcher, comment le tuer. Mais la plupart du temps, il manquait ses chasses car il s’empressait de tirer une flèche, alors que sa position n’était pas correcte, ou alors, il essayait de s’approcher trop rapidement de sa proie, alertant cette dernière de sa présence… D’une manière générale, N’talah était un impatient confirmé qui avait tout ce qu’il lui fallait pour réussir, mais qui échouait tout en essayant de faire « trop vite ».

Glarthi’oc et N’talah chassaient ensemble depuis quelques semaines, mais Glarthi’oc commençait à se lasser de l’impulsivité de son jeune frère. Sans arrêt, il essayait de lui expliquer pourquoi il avait échoué tel ou tel action, mais le jeune disciple, bien que tentant de lutter contre sa nature même, semblait y être soumis…


Cela faisait deux ans maintenant que Glarthi’oc et N’Talah avaient été unis par des liens renforçant leurs liens familiaux, que N’Talah avait reçu une dague de la part de son père.

Au petit matin, Glarthi’oc attendait N’Talah au centre du village. Il avait décidé d’aller chasser assez loin vers l’Est, ayant repéré des traces de grands singes allant dans cette direction. Chasser ce genre d’animaux est assez spécial. Un grand mammifère est beaucoup plus intelligent qu’un oiseau ou un gros lézard. Et donc beaucoup plus dangereux. De plus, ils se déplacent souvent en grande colonies, dont les membres sont solidaires. Mais pour limiter leur développement, les chasseurs devaient de temps à autres chasser sur leurs terres. Il y a quelques semaines encore, Glarthi’oc n’aurait pas imaginé emmener son jeune disciple avec lui dans une telle aventure. Mais ce dernier avait récemment fait preuve de beaucoup de maturité et de plus de discernement qu’auparavant. Ainsi, le géant avait finalement décidé qu’une telle sortie ne pourrait que parfaire la formation de N’talah. C’est ainsi que Glarthi’oc se trouva au milieu des huttes, l’aube pointant à peine, vérifiant en silence son matériel.

Plongé dans l’examen de ses flèches, dont l’une d’elle avait besoin d’une légère retouche, il fut légèrement frappé par la brise tiède du matin. Cette brise transportait, faiblement, une odeur identifiable.


– Le vent. N’attaques jamais dos au vent. Ta proie te sentira venir, sinon.

Glarthi’oc se retourna et vit son jeune frère, le visage dissimulé derrière un sourire gigantesque.

– Glarthi’oc ! Cela fait presque une minute que je suis à côté de toi ! Tu ne viens de sentir ma présence que maintenant. Et encore, parce que le vent a tourné !

Souriant à son tour, le géant répliqua :

– Oui. Tu as réussi à m’approcher, sans que je ne m’en aperçoive. Et alors ? Tu tiens dans ta main la petite dague de bois d’entrainement, je la vois… Tu voulais me frapper avec, et me dire que tu avais gagné… Si tu ne l’as pas fait, c’est que tu as encore échoué… Je t’ai senti avant que tu n’attaques. Donc ton approche est manquée.

Souriant de pus belle, N’talah ouvrit sa main droite où se tenait un petit objet en bois, ressemblant effectivement à une dague. Les deux apprentis avaient appris à se servir d’une dague avec cet ustensile, avant d’en manier une vraie.

– C’est ce que je voulais faire, tu as raison. Mais je me suis dit que, si tu esquivais le coup, tu aurais essayé de me plaquer au sol pour m’immobiliser…

– Alors toi aussi, tu as raison.

– Oui… Hummm. Et bien, c’est pour ça que je n’ai rien fait. Je ne voulais pas que tu abîmes ça.

Tendant son autre main vers son grand frère, N’talah montra un petit objet, enroulé dans une feuille verte. Voyant l’air embarrassé de son grand frère, N’talah n’en sourit que de plus belle. Bien qu’il ne savait pas si cet embarras provenais du fait qu’il venait d’apprendre qu’il avait été battu par son apprenti ou bien si ce cadeau le touchait tant que cela…


– Je… Tu… Qu’as-tu fait encore ? C’est inutile, tu sais…

– Oui, je sais. Ce n’est rien. Tu m’as appris une grande partie de ce que tu sais, tu as fait de moi un chasseur. Et tout ce que je peux t’offrir, c’est ce ridicule objet… Et la promesse que je n’oublierai jamais ce que tu as fait pour moi. Jamais.

Ne trouvant pas de mot pour répondre à ça, Glarthi’oc préféra garder le silence, ouvrant la feuille pour découvrir ce qu’elle renfermait.

Au dessus des arbres, le ciel se mit à roussir…


– Allons, il est temps de partir. Vérifie rapidement ton équipement et nous y allons. Je vais ranger ton cadeau dans ma couche. La journée va être mouvementée…Je préfère le mettre « en sécurité ».

– Je suis déjà prêt à partir ! Dépêche-toi !

Souriant, Glarthi’oc se rendit compte que le cadeau de son jeune frère l’avait énormément touché… Rappelé à la réalité par ce dernier, il se dépêcha de mettre en lieu sur ce présent, avant de retourner chercher son équipement.

Quelques instants plus tard, les deux frères étaient en marche pour leur prochaine chasse…

_________________
Ma fiche de perso

couleur=saddlebrown


Dernière édition par le Jeu 22 Mar 2007 - 14:43, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Glarthi'oc
ATHENIEN



Age : 23
Inscrit le : 30 Juil 2006
Messages : 364
PV; PC : PV : 77/171; PC : 53/158
Postule pour : Armure d'or du Taureau
Emploi : Ministre de la culture

MessageSujet: Re: La dernière flèche [Glarthi'oc]   Jeu 22 Mar 2007 - 14:42

Pendant plusieurs heures, les deux chasseurs marchèrent l’esprit serein. Avançant d’un bon rythme et discutant à voix basse de tout et de rien, ils auraient très bien pu être deux jeunes gens allant troquer quelques objets avec leurs voisins… Mais, quelques signes pouvaient montrer que sous cette apparente décontraction se cachait une concentration implacable et de légers prémices d’appréhension… L’aîné voulait tout faire pour que cette chasse dangereuse se passe le mieux du monde ; le cadet espérait être à la hauteur des attentes de son maître.

Midi était passé et alors que le temps s’affairait à attirer le soleil toujours plus vers l’ouest, les deux chasseurs s’étaient arrêté faire une pause rapide. Quelques fruits, un peu d’eau et une énième vérification du matériel de chasse. Mais ce qui était notable, c’était le silence. Maintenant, Glarthi’oc et N’talah étaient proches de leur but. Toute erreur pouvait avoir de lourdes conséquences… Ainsi, les deux frères ne communiquaient plus que par un système de gestes qu’ils avaient l’habitude d’utiliser lors de leurs interminables sorties.

Arc à la main, ils avançaient dans un périple d’arbres et de végétation basse, suivant les quelques traces laissées par les singes.

Si Dédale s’était inspiré de quelque chose pour construire son fameux labyrinthe, c’était peut-être des forêts d’Afrique centrale. Elles peuvent se montrer lumineuses et chaudes pour celui qui s’y promène mais regorgent aussi de dangers. Et ceux qui la connaissent savent qu’elle peut se montrer dense et oppressante, à tel point qu’on peut y perdre l’esprit. Un homme qui avance entre deux murs droits et lisses n’a que peu de choses à redouter. Mais la forêt n’aime pas les lignes droites, et encore moins le vide. Ainsi, derrière chaque feuille, chaque plante, chaque branche peut se cacher un danger, un obstacle, ou la mort.

La partie de la forêt où chassaient les deux angolais était l’une des plus denses de la région, ce qui rendait leur tâche encore plus compliquée. En effet, même s’ils étaient équipés de dagues, leur arme principale restait leurs arcs. Or un arc nécessite ce que la forêt leur refusait : de l’espace. De l’espace pour viser, de l’espace pour bander l’arc, de l’espace pour tirer… Les singes, pour une raison inconnue, semblaient avoir élu domicile dans cette région. Elle semblait riche en fruits, à en juger par le nombre de déchets que trouvèrent les deux jeunes garçons. De gros fruits, avec des cosses épaisses, qui n’intéressaient que peu d’oiseaux. Bref, les babouins avaient trouvé une réserve de nourriture exceptionnelle et s’en régalaient…

Se frayant un chemin dans cette jungle, les deux angolais tentaient d’être les plus discrets et attentifs possibles. S’ils étaient les premiers à être repérés, tout échouerait. N’talah utilisait tout ce qu’il avait apprit au cours de ces deux années de formation. Mais aujourd’hui, la tâche était plus difficile qu’à l’accoutumée. Lorsque N’talah était en pleine forêt, il avait appris à se fondre en elle, à épouser ses formes, à se mouvoir avec elle, devenant souple comme une feuille, agile comme une liane et s’agrippant fermement au sol dans ses appuis comme le font les fougères. Mais cet après-midi, la marche était très difficile. Cette forêt était si compacte qu’elle semblait ne plus autoriser le moindre mouvement. Et encore moins une intrusion. Ondulant autour des arbres, N’talah se déplaçait telle une liane animée d’une volonté propre. Quelques fois Glarthi’oc, qui n’était qu’à quelques mètres, semblait disparaître dans le vert et le brun, avant de reparaitre à ses côtés. Le maître avait plus d’expérience que l’apprenti pour se déplacer, mais l’espace réduit les ramenait à égalité, Glarthi’oc étant gêné par sa carrure imposante.

N’talah marchait depuis longtemps… Au sol, il apercevait de temps à autres des fruits dévorés par les singes, des empreintes, des fientes… Tout indiquait que les mammifères étaient proches… Mais aucun ne s’était montré pour l’instant. Et comme toujours, N’talah commençait à perdre patience. Son esprit se perdait en interrogations… Il se demandait si les singes n’avaient pas pu détecter leur arrivée et fuir. Ou si un quelconque prédateur les avait déjà chassés… Pourtant certains fruits étaient très frais… Une colonie de singes se trouvait dans les environs il y a encore quelques jours… Qu’est-ce qui avait bien pu les chasser ?

Alors que N’talah s’enfonçait dans ses propres pensées, il se rendit compte que Glarthi’oc n’était plus à ses côtés. Stoppant sa marche, il tenta de détecter le moindre bruit, le plus petit mouvement dans les environs… Mais rien.

Tout à coup, un sifflement déchira le silence pesant. Une flèche. Puis un cri brisé se fit entendre. Un hurlement horrible, un mélange d’effroi pour ce lui qui le lance et pour celui qui l’entend. Comme un rugissement strident qui faisait trembler la végétation. N’talah leva les yeux au-dessus de lui, brandissant son arc dans la direction d’où provenait le bruit. Ce qu’il vit le figea. Trois mètres au-dessus de sa tête, un babouin, tête vers le bas semblait le fixer de son regard fou de colère. N’talah décocha sa flèche, apeuré, en pleine gueule du monstre qui ne bougea pas. La bête ne criait déjà plus lorsque le jeune chasseur avait levé les yeux, en fait… Ne pouvant décrocher son regard du babouin, N’talah cherchait à comprendre… Puis une goutte de sang tomba de la bête. Le jeune garçon suivi le flanc de l’animal avec ses yeux, avant d’apercevoir une flèche. La bête était en fait traversée par une longue flèche, qui s’était plantée dans une branche.

N’talah était toujours immobile, fixant la bête affreuse et son regard. Elle était transpercée d’une flèche dans le flanc et une autre lui avait traversé la gorge, mais elle semblait toujours menaçante…

Quelque chose s’abattit sur l’épaule du garçon, lui arrachant un cri de stupeur. Effrayé, le garçon recula de deux pas en se retournant, cherchant à saisir rapidement une flèche dans son carquois. Mais N’talah reconnut Glarthi’oc. Dans ses yeux, un mélange de colère et de peur se lisait clairement. Regardant tout autour de lui, le géant semblait redouter quelque chose…


– Imbécile ! Tu as failli te faire tuer ! Maintenant, ils accourent tous… Il faut trouver un moyen de regagner le village sans encombres…, dit-il à voix très basse. Il va falloir que l’on se protège l’un l’autre… C’était un mâle important, vu sa taille, ils vont nous en vouloir… Allez, viens.

Glarthi’oc se mit à marcher rapidement, rebroussant chemin. N’talah le suivit, sans chercher à réfléchir, revoyant sans cesse les yeux courroucés du singe. Les angolais n’avaient pas fait dix mètres que déjà des singes étaient arrivés en renforts. Les branches craquaient de toutes parts sous le poids des déplacements des babouins ; les cris stridents résonnaient avec une puissance folle dans la forêt, chaque cri trouvant une dizaine d’échos…

N’talah essayait de courir, mais la végétation, trop dense, interdisait les vitesses trop élevées aux terrestres… Par contre, les singes se déplaçaient d’arbre en arbre avec une célérité impressionnante. Bientôt, un fruit vola dans les airs. Passant à quelques centimètres de la tête du jeune garçon.


**Ces fruits sont si lourds qu’un seul d’entre eux m’assommerait !**

Alors que les deux angolais détalaient aussi vite qu’ils le pouvaient, une pluie de fruits se mit à tomber, accompagnée de hurlements furieux. L’atmosphère moite et chaude approfondissait le sentiment de malaise des chasseurs. Soudain, un bruit de branche et un cri plus forts que les autres se firent entendre. Sans réfléchir, Glarthi’oc pivota sur lui-même et décocha une flèche. N’talah n’eut pas le temps d’esquisser le moindre mouvement, il put à peine suivre la flèche du regard et la voir transpercer un singe… Continuant de fuir, N’talah tentait de suivre à la fois la végétation devant lui, pour ne pas être ralenti, mais essayait aussi d’assurer la protection de Glarthi’oc. Un autre singe sembla traverser les cieux végétaux et fondait sur le géant. Sans hésitation, N’talah décocha une flèche sur la bête. Touchée au buste, sa chute fut déviée. Elle n’en mourrait peut-être pas, mais au moins, elle était hors de combat.

Déjà, le jeune chasseur attrapait une autre flèche dans son carquois et la mit en place sur son arc. Elle ne tarderait pas à être utilisée… Les arbres se dressaient devant lui, freinant son avancée. Les arbres se dressaient autour de lui, limitant ses actions. Les arbres se dressaient entre lui et son frère, rendant leur coopération délicate… Se baissant pour éviter de hautes fougères, passant avec souplesse par-dessus une racine sortant du sol, N’talah progressait rapidement, soutenu dans son effort par les hurlements rageurs. A nouveau un cri strident se fit entendre, puis un sifflement, puis un autre cri de souffrance. Au dessus de lui ou de son frère, à intervalles de plus en plus réduits, les rugissements se succédaient… N’talah avait du mal à garder le rythme… Il lui semblait maintenant qu’une nouvelle flèche partait avant que la précédente n’ait atteint sa cible. Ses doigts, pourtant habitués au maniement de l’arc commençaient à être lacérés par la corde. Mais s’il ralentissait, s’il laissait retomber son attention une seule seconde, il perdrait bien plus que quelques gouttes de sang…

Une autre flèche partit, frappant un babouin en plein torse. Combien pouvaient-ils être ? N’talah devait en avoir tué une vingtaine. Et Glarthi’oc avait un rythme encore plus rapide… allait-ils devoir tuer tous les membres de la colonie pour avoir la vie sauve ? N’talah espérait que le carnage se terminerait avant… Il n’aurait pas la force de tenir jusque là… N’talah passa sa main dans son dos, un geste devenu naturel à force de réarmer... Mais, son carquois était vide… Continuant d’avancer, il chercha minutieusement, espérant s’être trompé. Mais il n’avait plus une seule flèche avec lui… Glarthi’oc ! Il était sans protection, désormais !


– Plus de flèches ! Je suis à court !, hurla le jeune garçon, désemparé.

N’talah jeta son arc sur le côté et se défit de son carquois. Sans flèche, cela l’encombrait… Puis il tira sa dague de sa ceinture…


– Regroupons-nous ! Utilise ta dague !

N’talah obliqua sa course pour se rapprocher de la voix de son frère. Alors qu’il courait, il entendait les sifflements des flèches de Glarthi’oc. Son rythme s’était encore intensifié… Alors que N’talah allait rejoindre son frère, un hurlement retentit derrière lui. Le jeune chasseur se retourna, vif comme l’éclair, tout en se baissant. Il évita la charge du singe et le repoussa, tranchant son abdomen avec sa dague. A ce moment, un autre hurlement se fit entendre dans le dos du garçon. Trop tard pour esquiver… Plusieurs cris résonnèrent, accompagnant un sifflement.

– NOOOOOONNNNN !

La voix de Glarthi’oc. Quelque chose venait de se passer. Quelque chose de grave. N’talah essay de se retourner, pour voir ce qu’il se passait. Mais, ses jambes ne répondirent pas. Regardant vers le sol, le chasseur vit une mare de sang. Du sang qui coulait de son torse, transpercé par une flèche. Sa vue se brouilla… Le sol monta vers lui. De plus en plus rapidement. A moins qu’il ne fut en train de s’écrouler…

Dans le tourbillon sombre qui l’engloutissait, un hurlement puissant résonnait pour l’éternité.


– NOOOOOONNNNN !
_________________
Ma fiche de perso

couleur=saddlebrown


Dernière édition par le Jeu 22 Mar 2007 - 16:37, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Glarthi'oc
ATHENIEN



Age : 23
Inscrit le : 30 Juil 2006
Messages : 364
PV; PC : PV : 77/171; PC : 53/158
Postule pour : Armure d'or du Taureau
Emploi : Ministre de la culture

MessageSujet: Re: La dernière flèche [Glarthi'oc]   Jeu 22 Mar 2007 - 16:37

Le soleil s’en était retourné visiter l’autre face du monde. Arrivé au terme de son voyage, le dieu solaire allait devoir recombattre pendant toute une nuit, au bout de laquelle, soit le jour reviendrait, soit la fin du monde s’abattrait.

Mais…ce n’était pas pour cela qu’une femme se tenait au centre du village. Sans bouger, sans parler. Presque minérale. Depuis que le couchant était devenu rouge vif, elle s’était postée au milieu de toutes les huttes, s’attendant à ce qu’un drame tombe sur elle. Ou plutôt sur sa famille. Oui, elle avait peur pour sa famille, et depuis qu’elle avait aperçu le soleil saigner, les pensées sombres se bousculaient dans sa tête, essayant de la faire exploser. Elle en était intimement persuadée, le malheur l’attendait… Ses deux fils étaient partis chasser ce matin. Plus tôt qu’à l’accoutumée… Et ils n’étaient toujours pas rentrés. Oui, un malheur s’était produit. Cela ne faisait aucun doute… Peut-être que ses fils ne rentreraient plus jamais… oui, peut-être.

Soudain, une clameur se fit entendre, à l’Est. Un cri étrange. Le cri d’un être qui venait de perdre toute sa puissance ou plutôt qui se rendait compte de son impuissance face à certaines choses, comme la nature. Sans perdre une seconde, la femme se mit à courir à la rencontre de ce cri. Indistinct et tremblant, il lui était adressé, elle en était sure.

Marchant aussi vite que possible dans l’immensité sombre de la jungle en pleine nuit, elle se dirigeait avec son ouïe, attirée par la plainte sourde. Cette plainte qui la pénétrait, au plus profond de son âme et qui la bouleversait. Le cri gagnait en clarté en même temps que la distance fondait entre elle et lui. Mais, elle n’arrivait toujours pas à distinguer qui pouvait pousser un tel hurlement.

Soudain, contournant un grand arbre, elle aperçu une silhouette qu’elle connaissait bien. Celle de son fils. Glarthi’oc. Ce dernier se mit à marcher vers elle, aussi vite que possible, incapable de stopper sa plainte. C’est alors que la femme vit qu’il n’était pas seul. Dans ses bras, une longue silhouette. Inerte. N’talah.

Jusqu’alors, l’angoisse avait retenu les larmes de la femme. Mais la vue de son fils, transpercé par une flèche libéra sa tristesse, dans toute son ampleur. Courant jusqu’à ses fils, ses mouvements étaient soulignés par deux trainées de larmes chaudes. Lorsqu’elle les prit dans ses bras, tous deux, Glarthi’oc tomba à genoux.

Le frère et la mère pleuraient, sans retenue, leurs larmes inondant le corps de N’talah. Sans un mot, sans rien d’autre que leur tristesse mutuelle, les souffrances du maître et de la mère se mêlaient, en un torrent de désespoir sombrant dans un abîme lugubre.

Sans bouger, l’un contre les autres, les trois passèrent un long moment, seuls dans leurs tourments. Après un temps que personne ne pourrait définir, des ombres sortirent des arbres. L’une d’entre elles resta immobile, avant de se jeter sur Glarthi’oc et sa femme. Accablés par la tristesse, les quatre corps ne bougèrent plus.

Cette nuit là, le soleil dut se battre de toutes ses forces. Plusieurs fois, il failli perdre son combat. Mais finalement, repoussant les ténèbres, il se libéra à nouveau et fit rejaillir sa splendide. Mais, ce matin, le combat avait été si difficile que sa lumière en était encore plus resplendissante.

Lorsqu’ils furent frappés par cette lumière douce, tous se levèrent. Les larmes ne coulaient plus. La tristesse ne s’était pas évaporée, mais, il semblait que les corps humains avaient toutes sortes de limites… Et même les larmes n’étaient pas intarissables. Pourtant, le désespoir l’était bien, lui.


Après avoir regagné le village, Glarthi’oc but abondamment et mangea rapidement. Cela le dégoûtait d’avoir à faire cela, mais, il n’avait rien avalé depuis presque 1 jour. Un jour… Ce que c’est long, un jour ! Son univers avait basculé en deux secondes ! Combien de gens avaient péri pendant ce jour ? Beaucoup trop…





Le lendemain, N’talah fut immolé, comme le veut la tradition du village. Un grand bûcher avait été monté. Et Glarthi’oc, aida son père à installer le jeune chasseur sur le lieu de son dernier repos… Le centre du village. Un grand feu. La chasse de N’talah finissait là où elle avait commencé.

La cérémonie fut très éprouvante pour Glarthi’oc. Dans sa main gauche, il gardait une feuille qui s’était desséchée. Le géant n’était même plus capable d’écouter ce que disait le chef du village, plongé dans d’obscures pensées… Même les douleurs de ses membres mordus et griffés n’étaient rien face à la douleur que supportait son cœur.

Puis vint le moment d’allumer le bûcher et de laisser N’talah rejoindre ses ancêtres. Le chef du village tendit une torche au père du chasseur, invitant Ernac à remplir son office. Mais ce fut Glarthi’oc qui se leva, avant de tourner les talons et de se diriger vers sa case. Quelques secondes plus tard, il en revînt, son arc à la main. Ernac restait figé devant le bûcher, ne sachant que faire…

Glarthi’oc vint se mettre aux côtés de son père. Puis, d’un mouvement sec des poignets, prenant appui sur son genou, il brisa son arc en deux avant de lancer les morceaux dans le bûcher. Puis, Glarthi’oc se rassit, enlaçant quelque chose autour de son cou.

Ernac approcha la flamme, puis jeta la torche sur la paille et le bois.



Alors que les dernières braises n’émettaient plus qu’un rougeoiement faible, Ernac vint s’assoir en face de Glarthi’oc. Leur peine était profonde et visible… Mais, Ernac avait autre chose dans le regard…et sa voix était faible et hésitante, presque gênée.


– Glarthi’oc… Tu…Tu ne m’as pas raconté ce qui s’était passé…

Glarthi’oc baissa le regard, son visage se durcissant.

– Je sais. Mais ça ne changerai rien. Je l’ai tué… Je l’ai tué… Reprenant sa respiration avec difficulté, le jeune homme continua. J’ai été stupide. J’ai fait une erreur. Et N’talah l’a payé de sa vie. Jamais plus je ne chasserai. Demain, je vais partir, loin. Pour toujours. Je vivrai seul. Et mes erreurs ne feront souffrir que moi.

– Alors tu es un imbécile ! Si tu penses que la fuite est une solution, alors va-t-en ! Mais tu me décevras énormément. Tout ce que je t’ai appris… tu n’as donc rien retenu ? Il est normal de faire des erreurs. Même les dieux se trompent. Mais la force de l’homme est de savoir apprendre de ses erreurs. De se relever. Et de tout faire pour qu’elles ne recommencent plus ! Tu veux fuir, pour nous préserver de tes erreurs ? Imbécile ! Si tu pars, comment mangerons-nous ? Qui aura assez de force pour nous faire vivre ? Toi seul peux faire cela. Toi seul en as le pouvoir.

Glarthi’oc baissa encore plus le visage, essayant de se retrouver dans toutes ses pensées.

– Regarde-moi ! Arrête de fixer le sol ! Crois-tu qu’il va t’apporter la solution ! Non ! Regarde-moi, Glarthi’oc ! Toi seul a la force de nous faire vivre. Mais la force n’est rien, sans le courage. Alors, si tu veux fuir, je ne te retiendrais pas. Je n’ai pas passé toutes ses années à apprendre ce que je sais à un lâche. Mon fils apprendrait de ce drame, et en ressortirait plus fort, avec le temps. Si tu n’en es pas capable, alors, tu ne nous est d’aucune utilité.

La dureté des paroles d’Ernac frappait Glarthi’oc avec une puissance insoupçonnée.

– Je…Je…

– Tu as le temps de prendre ta décision… Mais, le temps ne t’attendra pas, lui. Alors, ne tarde pas trop… Mais, avant que tu ne prennes ta décision… Dis-moi ce qui s’est passé. Comment cela est-il arrivé ?

la voix d’Ernac était redevenue douce, ce qui aida Glarthi’oc à parler… Mais sa voix était pesante et troublée.

– Nous étions parti chasser les singes que j’avais repérés, à l’Est. Mais… Nous n’avons pas réussi à les attaquer par surprise… J’ai tué un singe important du groupe… Il a hurlé, si fort ! Quelques secondes après, on avait l’impression que tous les singes de la forêt nous poursuivaient… Ils n’avaient jamais été aussi hargneux ! On a couru, encore et encore, mais ils ne nous lâchaient pas. Normalement, ils s’arrêtent assez vite… Mais cette fois, ils étaient décidés à nous faire payer. Leurs yeux étaient pleins de haine… Je n’avais jamais vu ça… Après un moment, j’ai entendu N’talah crier… il avait épuisé toutes ses flèches. Il n’en avait pas utilisé avant que les babouins nous attaquent et il en avait rempli son carquois ! Ils n’ont pas arrêté. Ils étaient partout…

Le père posa une main sur l’épaule de son fils, calmement, les larmes aux yeux.

– Continue, s’il te plait.

– J’ai dit à N’talah de me rejoindre, que je le protègerai. Je lui ai dit de prendre sa dague… Il ne me restait que quelques flèches à moi aussi… Il était presque vers moi. Mais les attaques des singes sont devenues encore plus violentes, comme s’ils sentaient que nous arrivions à nos limites. Un singe à sauté sur N’talah, mais il a réussi à l’éviter. Mais, dans son dos, un autre voulait lui sauter dessus. En voyant cela, j’ai voulu tirer sur le singe. N’talah ne pouvait pas s’en sortir seul. Il fallait que je l’aide… Mais… j’ai oublié ce que tu m’as appris. J’ai focalisé mon attention sur N’talah et j’ai négligé mon environnement… Au moment où j’ai lâché la corde de l’arc… Un babouin s’est jeté sur moi. Il est retombé sur mon bras… Et la flèche est parie trop bas… J’ai… J’ai voulu arrêter la flèche, j’ai essayé de la rattraper, j’ai hurlé pour qu’elle s’arrête. J’ai… J’ai…

Le visage de Glarthi’oc avait disparu, noyé dans un océan de larmes silencieuses.

– J’ai tué mon petit frère. J’ai tué N’talah. J’ai tué le petit frère dont tu m’avais confié la garde… Tu me faisais confiance. Il me faisait confiance. Et, à cause d’une erreur, il est mort…

– Et toi… Comment t’en es-tu sorti ?..

– Je… Je ne sais pas. Je me souviens juste que, lorsque j’ai vu N’talah tomber à terre, j’ai sorti ma dague. Ensuite… J’étais devant le village avec mère et N’talah dans mes bras…

Le silence tomba sur ces dernières paroles. Un silence lourd mais apaisant.

– Et maintenant ? Que comptes-tu faire ? Pourquoi as-tu brisé ton arc ? Tu le rend responsable de cela ?

– Non. Ce n’est pas lui. Mais… C’est moi qui aie été stupide de croire à la puissance de ces armes. Une telle arme n’est pas bonne. On ne peut plus contrôler la flèche, une fois tirée… Je ne pensais pas que cela pouvait avoir autant de conséquences… Quoi qu’il arrive dans ma vie, désormais…Plus jamais je n’utiliserai d’arc. Plus jamais.

Sur ces derniers mots, Glarthi’oc se leva.

– Mais je reste un chasseur. Mon rôle est de nourrir ma famille et protéger le village. Je ne peux pas fuir.

– Un chasseur sans arc ? Commet feras-tu ?

– J’apprendrai. J’apprendrai à vivre ainsi… Plus jamais je ne tirerai de flèche.

Glarthi’oc défit le collier qui pendait à son cou et le tendit à son père. C'était un octaèdre ouvragé dans un bois assez sombre, que Glarthi'oc connaissait bien. C'était le bois qu'avait l'habitude de travailler son père. Avec le temps, il s'éclaircissait et durcissait. Le pendentif était maintenu par une corde fine et souple, assez solide, faite à partir de cheveux tressés, comme c'était la tradition. Chaque face de l'octaèdre était décorée d'un symbole de la tribu. Le singe, symbole d'intelligence, le rocher qui montre la sagesse de la terre, le serpent, exemple de souplesse et le temps, homonyme d'humilité, dans la langue de Glarthi'oc se trouvaient sur les faces inférieures de l'octaèdre. Sur deux des faces supérieures se trouvaient le zébu, synonyme de force physique, l'âge, qui représentait aussi le maître. Une autre face arborait l'oeil, qui représentait la précision pour les archers. Quand à la dernière face, elle était ornée d'une main. Cette main était l'abri. La protection. Cette face, bien que Glarthi'oc ne s'en soit pas rendu compte avant, était légèrement rayée.

– N’talah m’avait donné ça, juste avant de partir. Pour me remercier de lui avoir appris à chasser. Je… Je pensais m’en débarrasser, avec l’arc. Mais, je vais le garder. N’talah m’est témoin, et toi aussi père. Désormais, je protègerai les miens. Je ne faillirai plus. Et ce pendentif est le symbole de ma promesse.

Sur ces mots, Glarthi’oc remit le pendentif autour de son cou et parti vers sa hutte, en saluant N’talah pour la dernière fois…

– Et pourtant, tu feras des erreurs, mon fils, dit Ernac pour lui-même Jamais tu ne pourras protéger tous tes proches. Personne n’a ce pouvoir. Seuls les dieux l’ont. Avec ta dernière flèche est née en toi une volonté inébranlable ; qui te pousse encore plus vers le bien… Mais, j’ai peur que tu n’en souffres horriblement dans le futur…

Le père se leva à son tour et, lui aussi se dirigea vers sa case. Le soleil pointait à l’horizon…

– Humm. A toi aussi, Glarthi’oc, il te faudra repousser les ténèbres… Mais je suis fier de toi, mon fils.




[FIN]



Et comme d'hab, la corruption qui va bien avec :

Pour Hermès, Posé, Hypnos ou tout autre noteur masculin

Pour Crysta et Thétys
_________________
Ma fiche de perso

couleur=saddlebrown
Revenir en haut Aller en bas
La dernière flèche [Glarthi'oc]Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: LE RESTE DU MONDE :: LA GRANDE BIBLIOTHÈQUE D'ALEXANDRIE-